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“La règle pour les photographes de voyage c’est la patience”

Johan Lolos alias leolebackpacker sur Instagram est suivi par près de 500 000 followers. À 32 ans, il vient de sortir son premier livre photo : « À travers les montagnes d’Europe » aux éditions Glénat. Au fil des pages, le jeune photographe autodidacte nous embarque dans un livre aux allures de carnet de voyage et aux paysages époustouflants

Tu as réalisé un long périple de près de 5 mois de voyage à travers 17 pays d’Europe. Tu es plutôt du genre à tout prévoir ou tu te laisses systématiquement une marge de manœuvre ?

Je savais que j’allais partir 5 à 6 mois maximum. Ce que j’avais vraiment défini, c’était les pays que j’allais visiter et dans quel ordre je le ferais. Ces pays, je les ai choisis sur base de coups de cœur et d’endroits que j’avais envie de voir. Si j’avais eu le temps de faire toute l’Europe, je l’aurais fait sans hésiter ! 

Et après, tu improvises ?

Oui, c’est un peu toujours à l’arrache : je débarque dans le pays, je regarde de combien de temps je dispose sur place et je me mets à chercher ce qu’il y a à faire, à voir. Par exemple, quand je suis arrivé en Écosse, je savais que j’avais une dizaine de jours devant moi. J’ai passé quelques jours sur l’île de Skye puis je suis allé dans le nord-ouest des Highlands. L’idée c’est surtout d’essayer d’être le moins dépendant possible de la météo. Avec la photo, beaucoup de choses sont liées aux conditions météorologiques, d’où l’importance de se laisser une certaine marge de manœuvre.

Et puis, il y a forcément des petits imprévus qui arrivent comme l’histoire de l’assurance de la voiture qui a posé problème et nous a fait changer tout l’itinéraire autour des Balkans. Résultat : on a dû zapper des pays et on a passé plus de temps que prévu en Croatie. Le voyage, c’est constamment une histoire d’adaptation. 

Le projet du livre, c’est arrivé quand ?

Au départ, j’avais juste l’envie de voyager à travers l’Europe. Le projet de livre est arrivé en Écosse, près de cinq jours après le début du voyage. Je me suis dit que ça serait cool de documenter le projet au quotidien à travers les stories sur Instagram. Je me suis pris au jeu : tous les jours, je postais une série de plusieurs photos. Le retour de ma communauté a été super positif, une fois que je suis rentré, le projet est né avec un éditeur.

Qu’est-ce que te fait de tenir enfin ce livre en main ?

C’est une super fierté, car cela représente beaucoup de travail : au-delà des photos, il y a également la rédaction des textes qui m’a pris beaucoup du temps. J’ai dû contrôler les photos pour qu’elles soient harmonieuses et bien calibrées. J’ai beaucoup collaboré avec l’imprimeur, je recevais des échantillons, on modifiait et on réimprimait. On a travaillé sur un papier qui boit énormément donc je devais constamment accentuer la saturation des couleurs et augmenter la luminosité.

Une anecdote marquante du voyage ?

Je dirais que c’est cette petite fille en Grèce gitane qui m’a vraiment fait vraiment réaliser à quel point j’aimais la photo documentaire et le portrait. Mon père possède une petite maison en Grève parfois, on se prend quelques jours de vacances où on se relaxe avec ma copine.Je me souviens que j’ai pris cette photo un matin, c’était le jour du marché et j’allais prendre mon café. Je n’avais pas mes appareils avec moi. Je me suis attablé et là, je me suis rendu compte que ce marché grouillait de gens. Ça m’a plu ça à tel point que je suis vite retourné prendre mes appareils.J’ai commencé à photographier tout ce qui se passait autour de moi. Au loin, j’ai aperçu cette petite fille de 8 ans maquillée et habillée comme une femme de 20 ans. j’ai commencé à la prendre en photo. Elle m’a vu, s’est approché et a commencé à poser comme une mannequin professionnelle. Très vite toute la famille a débarqué et s’est laissé prendre en photo, c’est vraiment super.

Tu aimes donc particulièrement les portraits ?

Oui, cette petite fille c’était une vraie révélation. En avril dernier, je suis parti trois semaines en Birmanie et j’ai ramené des centaines de portraits. À chaque voyage, plus ma pratique évolue et plus j’essaye d’amener une dimension culturelle à mon travail. 

Un coup d’œil sur ton compte instagram et on a l’impression que tu as une vie de rêve. Quelles sont les contraintes de ton job ?

Je ne veux surtout pas que ma communauté me voit comme un influenceur qui a la vie rêvée, qui est payé pour voyager et dormir dans un hôtel 5 étoiles parce que ce n’est pas le cas. Je suis un photographe professionnel, c’est un vrai boulot avec de vrais contrats, des contraintes et des attentes. Je suis tributaire des conditions météorologiques, je me lève à l’aube pour obtenir la bonne photo et la bonne lumière. Il y a des jours où je reviens bredouille alors que je viens de passer la journée à photographier, mais il n’y a rien de bon à garder. Je m’énerve, je m’agace et je suis frustré. C’est comme ça, la règle pour les photographes de voyage c’est la patience.

Es-tu tributaire de ta communauté ?

Non. Par exemple, cette année j’ai posté beaucoup moins de photos pour diverses raisons. Ma mère s’inquiétait, elle me disait : « écoute, les gens attendent que tu postes » et moi je lui répondais qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète. J’ai une communauté plutôt ouverte qui n’est pas à m’attendre derrière son écran.

Qu’est-ce que tu préfères dans ton métier ?

La flexibilité. Je suis responsable de mon agenda et j’ai le luxe de pouvoir m’accorder 6 mois de congés où je ne fais pas de photos et personne ne m’en voudra. Là, je rénove une maison depuis plusieurs mois, j’ai donc mis mon activité photo en pause.

Tu utilises quel matériel quand tu pars en voyage photo ?

J’utilise deux boîtiers Nikon D850 de 1 kg chacun avec des zooms Nikon. Parfois, j’emmène également un drone et deux autres objectifs. En tout, je suis quasi à 10kg de matériel photo à chaque déplacement.

Combien de pays visités ? 

Une quarantaine avec beaucoup d’allers-retours en Norvège et en Australie.

Quels sont tes projets à venir ?

Sûrement un road trip en Afrique et en Asie, ce sont vraiment les deux continents qui me parlent le plus. Je me sens aussi attiré par le documentaire et la vidéo c’est quelque chose que j’aimerais expérimenter, mais c’est encore un autre métier.

À travers les montagnes d'Europe, Johan Lolos, Glénat, 2018

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